Fides, « A mari usque ad mare » (par Laurence Patenaude et Josée Vincent)

Considéré dans la perspective de l’histoire de l’édition littéraire au Québec, le dépliant publicitaire Fides Montréal et Paris est certes unique en son genre. Dans ce document tout à fait particulier, ce n’est pas tant des livres et des auteurs dont il est question, mais plutôt d’une mission portée par une entreprise en pleine expansion, que l’on décrit à l’aide de mots, d’illustrations et d’une carte marquant l’occupation du territoire.

Dans le dépliant Fides Montréal et Paris, des termes mis en évidence à l’aide de caractères gras renvoient aux diverses sphères d’activité de Fides. Un organigramme complet de l’entreprise, couvrant l’ensemble de la chaîne du livre, de l’éditeur au lecteur, est ainsi esquissé. Les illustrations renforcent l’image en montrant le « Siège social de Montréal », la « Librairie générale », la « Succursale de Paris » et l’« Imprimerie ». La représentation des lieux physiques, qui viennent incarner les activités, montre aussi l’importance de l’entreprise qui, depuis les années 1950, emprunte le modèle économique de l’intégration verticale.

Pour rendre compte des activités éditoriales de Fides, des collections qui s’adressent à des publics variés sont mentionnées. Parmi les séries littéraires se retrouvent « Les Classiques canadiens », « Le Nénuphar », la collection de poche «Alouette», de même que la collection «La Gerbe d’or» et la revue Héraults destinées aux jeunes lecteurs. On évoque aussi « Philosophie et problèmes contemporains » et «Bibliothèque économique et sociale» dont les titres renvoient à des questions religieuses, philosophiques et sociale. Le catalogue de l’entreprise est donc bien représenté, mais sans que des auteurs ou des titres particuliers ne soient nommés. Le dépliant présente par ailleurs les services offerts aux bibliothèques, qui comprennent entre autres la publication de documents techniques, des bulletins bibliographiques Mes Fiches et de la revue Lecture. Mais ce sont les activités de diffusion qui occupent le plus d’espace. Alors que le texte fait état des clientèles visées, qui incluent des individus, des écoles et des bibliothèques, les listes des librairies et des dépositaires au Québec, au Canada et à l’étranger (notamment à Paris), soulignent l’étendue du territoire couvert par Fides, « La plus vaste organisation de diffusion du livre français en Amérique ». Dès lors, ce n’est plus seulement la diversité des activités de l’entreprise qui est mise de l’avant, mais aussi, et peut-être surtout, son ampleur. Mais quelle signification particulière pouvons-nous tirer de cette image?

Le slogan qui apparaît dans le haut de la première page du dépliant et qui associe Fides à une institution « au service de l’humanisme intégral et de l’ordre chrétien », offre une réponse. L’énoncé présente en effet l’entreprise comme un véritable agent de propagation de la foi. Comme le rappelle Jacques Michon, dans Fides La grande aventure éditoriale du Père Paul-Aimé Martin, « Le programme spirituel de Fides sera modelé sur la pensée du néo-catholicisme de l’entre-deux-guerres. […] Aux lumières et aux progrès de l’art et de la raison, il faut ajouter la dimension de la foi. » (Michon, p. 53) Autrement dit, tout ce que Fides édite, produit et vend peut se rattacher, d’une manière ou d’une autre, à une œuvre missionnaire. À la lumière de cette prise de position, le lien entre la mission de l’entreprise et l’usage de la carte, élément central du dépliant, se dessine. Si la carte illustre le territoire sur lequel Fides exerce ses activités, elle a aussi, pour le lecteur, valeur de symbole. Rappelant les récits des grandes explorations, elle évoque l’œuvre des missionnaires au moment de la découverte du Nouveau-Monde, tandis que les différentes antennes de Fides se présentent comme des avant-postes sur les chemins de la foi. Ce n’est donc plus uniquement une entreprise commerciale que l’on cherche à promouvoir, mais bien une instance au service de l’humanisme intégral, d’un océan à l’autre.

MICHON, Jacques. Fides. La grande aventure éditoriale de Paul-Aimé Martin, Montréal, Fides, 1998, 386 p.

Référence :

Fides Montréal et Paris, dépliant publicitaire, fermé : 21,5 x 14; ouvert : 21,5 x 41,2 cm, [Montréal, Fides, circa 1962], Service des bibliothèques et archives, Université de Sherbrooke, Fonds Éditions Fides (P64, B. 42123).

Description :

Le dépliant Fides Montréal et Paris présente divers éléments textuels et visuels. Le recto compte trois sections. La section de droite, qui forme la page de couverture du dépliant, débute par l’intitulé Fides Montréal et Paris, sur lequel se superpose la devise « au service de l’humanisme intégral et de l’ordre social chrétien ». Viennent ensuite un dessin du siège social de l’entreprise et la liste de ses activités, de l’édition à la librairie (de gros, de détail et scolaire) et à la bibliothéconomie. Les adresses des succursales (dont celle de Paris)  et des dépositaires exclusifs répartis à travers le Canada occupent la deuxième moitié de la section, avec, en pied de page, la mention : « La plus vaste organisation de diffusion du livre français en Amérique ». La section de gauche, que l’on voit lorsqu’on ouvre le dépliant, arbore une photographie de l’intérieur de la Librairie Fides, située au rez-de-chaussée du siège social. Un court paragraphe situe la création de l’entreprise en 1937, puis rappelle son statut légal, les noms de ses principaux dirigeants et sa mission. Un dessin de l’imprimerie Fides est suivi d’un autre paragraphe traitant des publications, notamment des collections les plus populaires. Enfin, la section centrale présente en haut de page le dessin de la succursale de Paris ; suivent la description des activités éditoriales et commerciales, et celle des services offerts aux bibliothèques. Les deux derniers paragraphes insistent sur l’expansion de l’entreprise au Québec, au Canada et à l’étranger. L’intérieur du dépliant présente quant en lui une carte intitulée « Fides au Canada », où sont situés les 6 succursales et les 9 dépôts exclusifs. On mentionne l’existence de 10 «voyageurs» chargés de sillonner le pays, dont la population de langue française s’élève à 5 500 000 locuteurs.